Qui est Bautista ?
Ce médecin chirurgien est né le 3 avril 1943 à Concepción, une ville située à 515 km au sud de Santiago, capitale du Chili. C'est un garçon tranquille avec un grand idéal de justice, toujours prêt à venir en aide à ses amis et connaissances. Son enfance se déroule sans grands problèmes, il est un élève doué. A 12 ans, il fait la connaissance de celui avec qui il va nouer une amitié indestructible : Miguel Enriquez. Ils réussissent brillamment leurs études, tant au lycée qu'à l'université. Bautista devient chirurgien et Miguel, pédiatre.
En 1965, Il crée avec Miguel (qui devient secrétaire général) et d'autres amis proches, l'organisation politique appelée M.I.R. (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire), conséquence de convulsions politico-économiques en Amérique Centrale et en Amérique du Sud.
Le M.I.R. est une jeune organisation avec de nouvelles idées concernant le développement économique basé sur l'égalité de la population. Il prône l'éducation gratuite et obligatoire et développe un projet d'autogestion pour les travailleurs de la terre et les ouvriers des usines afin qu'ils puissent avoir le contrôle des moyens de production. La direction politique de la société serait développée, évaluée et modifiée depuis la base même de la population. Son projet : Développer le pouvoir populaire des pauvres des campagnes et des villes, démocratiser la justice et l'armée, supprimer la bureaucratie de l'administration publique, nationaliser les grands consortiums étrangers qui, depuis de nombreuses années, exploitent les richesses naturelles du pays.
Le M.I.R. surgit comme une riposte à l'échec politique des partis traditionnels ; son activité est basée sur la loyauté envers les plus pauvres, sur leurs aspirations de liberté et sur la justice sociale. C'est années-là, la réalité politique, sociale et économique du Chili passe par des moments de fortes confrontations.
Bautista ne peut exercer sa profession comme il l'aurait souhaité ; sa vocation de médecin le pousse à mettre tout son savoir et sa disponibilité au service de ceux qui en ont le plus besoin. Jamais il ne fait payer ses patients, estimant que la santé et le bien-être constituent le patrimoine de toute la société, et il n'accorde jamais aucun privilège. Ce brillant chirurgien a décidé de travailler à un changement radical de la société. Il tente de développer une politique globale plus équilibrée pour l'ensemble de la société ; sa connaissance fondamentale de cette réalité chilienne fait qu'il est finalement plus homme politique que médecin.
C'est un père très attentionné envers son fils Pablo à qui il consacre tous ses moments de loisir. Il lui enseigne son savoir, ses aspirations de révolutionnaire, ses rêves d'une société où les enfants et les personnes âgées seraient privilégiés. Bautista est un homme plein d'amour et de projets qu'il n'aura pas, hélas, la possibilité de concrétiser.
Il est recherché par la police du gouvernement démocrate-chrétien en 1969 parce qu'il appartient au M.I.R. et qu'il fait partie de sa commission politique : il est responsable de la politique menée par les paysans dans la zone sud du Chili, qui consiste à occuper des terrains qui passent ensuite aux mains des paysans pour la distribuer et la cultiver.
C'est un homme politique très intelligent qui se consacre totalement aux aspirations de liberté de son peuple. Pendant les années du gouvernement de Salvador Allende, avec son parti, il soutient toutes les politiques qui peuvent favoriser les plus pauvres, il critique ouvertement la politique hésitante et de compromis du gouvernement. Six mois avant le coup d'état de Pinochet, il dénonce les préparatifs militaires mais il n'est pas écouté. Deux mois avant le coup d'état militaire de 1973, perpétré avec l'appui de la CIA, il passe à la clandestinité d'où il organise, avec de nombreux camarades, la résistance du peuple chilien.
Le 13 décembre 1973, à la paroisse LOS CAPUCHINOS à Santiago, il est arrêté par les sbires de Pinochet et torturé sans pitié. Les militaires ne reconnaîtront jamais officiellement sa détention. Fin 1974 ; il est vu et photographié prostré dans un lit de l'hôpital Almirante Nef; il fait partie des 2500 détenus politiques portés disparus. Ses parents font tout ce qui est possible de faire sous un régime aussi sanguinaire que celui de Pinochet pour obtenir des nouvelles de leur fils Bautista. Ils s'expatrient ensuite au Canada.
Une de ses dernières phrases est :
"Vous ne savez pas pourquoi vous me torturez, mais moi je sais pourquoi je meurs."